De la culpabilité maternelle et comment s’en balancer sévère

Il me semble qu’il existe un monde commun aux mères. Une réalité parallèle dans laquelle elles se retrouvent toutes un jour ou l’autre. Est-ce parce que nous sommes confrontées aux mêmes difficultés/questions/bonheurs (barrez la mention inutile) ? Sans doute.

Dans cette réalité parallèle, nous nous comprenons à demi-mot dès qu’il s’agit de causer nuits (in)complètes, biberon, mise au sein, jeu éducatif, congé mat’. Vous avez remarqué, à ce propos, la tendance qui est la nôtre d’appliquer des diminutifs aux choses positives ? Les affectionnant, nous les rendons ainsi plus proches, nous nous les approprions davantage : le congé mat’. Bref.

Il y a un autre mot qui joue la connaissance commune. La vieille copine casse-bonbon qu’on n’arrive pas à virer de chez soi : la culpabilité. C’est une joie que j’ai personnellement découverte quelques temps après mon retour au boulot, aux 4 mois et des brouettes de Petit Bonheur.

Dans un premier temps, ne nous mentons pas, j’étais très bien en dehors du monde réel, du monde travaillé, dans ma bulle bébé. Le retour au travail faisait donc office d’épouvantail. Et puis la date fatidique est arrivée. Il n’y a eu ni apocalypse ni fin du monde. Ca s’est passé. Je dois dire que mes conditions de travail sont quasi parfaites. Exceptionnelles, même, car je travaille de chez moi. Ayant par ailleurs un Petit Bonheur très calme, patient et doux, point besoin de le confier à quiconque pour l’instant. Et de toute façon, pas de place en crèche.En gros, je travaille avec Petit Bonheur à mes pieds, sur son tapis de jeux. Moi, je pianote sur mon Mac. Petit Bonheur en fait voir de toutes les couleurs à ses peluches et autres bestioles d’activités. De temps en temps, je fais une pause couche ou une pause bisou ou une pause bib’ (remarquez l’abréviation ?) ou une pause câlin ou une pause jeu ou… Bref. Vous voyez l’idée. Tout ça pour vous dire que je n’ai certes pas à me plaindre.

Oui mais voilà, la culpabilité dont je vous parle a ceci de particulier qu’elle est irrationnelle. Donc exit le pragmatisme. Bienvenue les hormones et les questions à deux balles. La plus merveilleuse d’entre elles étant : comment puis-je être à la fois professionnelle et wonder maman ? Car certes, vous voulez le meilleur pour votre (vos) bambin(s) et en même temps, vous voulez être une bonne pro. C’est bien là que ça se gâte. Vous n’avez jamais ressenti comme un aiguillon entre les omoplates qui secoue vos neurones jusqu’à ce que vous disiez « ce que je fais n’est pas suffisant » ? Moi si. Ca m’est arrivé un jour, sans crier gare. Je finissais un mail (un énième mail) quand j’ai jeté un oeil sur Petit Bonheur qui me regardait calmement en suçant son pouce au lieu de s’entraîner à faire du catch avec sa grenouille en peluche. Et là, ça m’a fait le coup de l’uppercut. « Je ne suis pas une bonne mère, je ne suis pas vraiment avec lui, je ne suis pas vraiment au travail, je ne fais pas ce qu’il faut« . Bam. Dans la tronche, ma cocotte. J’ai pris Petit Bonheur dans les bras, je lui ai fait un gros câlin et… Et je me suis calmée.

J’ai regardé mon fils. Il était détendu, souriant, comme toujours. Je l’ai reposé sur son tapis de jeu et il m’a regardé 2 secondes avant de se lancer dans une folle partie de tripotage d’oreille de lapin (en peluche). Je suis repassée à la rédaction de mon mail. Et re bam, boum. Re uppercut. J’avais commencé à bosser à 7h30, avant le premier bib’ de Petit Bonheur. J’avais fait tout ce que je devais faire en temps et en heure. Qu’est-ce qui me chagrinait comme ça alors ? Une évidence : j’avais changé et j’en ressentais de la culpabilité. Je m’étais imaginée, par ailleurs, inconsciemment ou pas, menant tout de front sans la moindre difficulté. Fonctionnant en fait comme avant l’arrivée de Petit Bonheur. J’avais tout faux, archi-faux.

Sans doute n’avais-je pas la même « gniac » qu’avant Petit Bonheur au boulot. Et alors ? Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de moins sérieux et minutieux ? Non.

Sans doute avais-je en tête que la meilleure maman est celle qui donne tout à ses enfants. Et je réalisais là que je m’étais trompée. La meilleure maman de mon Petit Bonheur, c’est celle qu’il a. Celle qui l’aime par-dessus tout et qui fait du mieux qu’elle peut, autant qu’elle le peut. Quelle meilleure preuve pouvais-je en avoir que l’image de ce bébé jouant tranquillement, épanoui, souriant et babillant.

Sans doute devais-je faire le deuil de la maison bien rangée et organisée qui était la mienne. Je suis un peu psychorigide quand il s’agit du rangement. Mais j’aime tellement voir des jouets traîner partout… Et ça me donne une raison supplémentaire de confier à Zhôm quelques tâches ménagères ;)

Cette culpabilité n’a pas duré chez moi car j’ai tout de suite relativisé. J’ai pris de la distance et observé la situation d’un oeil clinique malgré la fatigue. Ca m’a permis de ne pas me laisser submerger par des émotions contradictoires qui m’auraient placée dans une situation intenable. Je reconnais pour autant que ce sentiment aura été puissant et déstabilisant. Au final, j’ai choisi de me faire confiance et de faire confiance aux autres en écoutant ce qu’ils ont à me dire : que tout va bien.

Je ne sais pas si vous qui me lisez connaissez ou avez connu ce sentiment ni comment vous vous en êtes sortie(s). Mais ce que je peux vous dire à vous qui êtes en plein dedans c’est que la perfection est un leurre, une image mentale d’un soi inaccessible qui ne peut que vous frustrer et vous rendre la vie impossible.

Un commentaire sur “De la culpabilité maternelle et comment s’en balancer sévère

  1. Merci pour ton billet !!!!
    A 1 mois de la reprise et à la veille de l’adaptation avec la nounou, les questions existentielles me tenaillent ! Ce serait si bon d’être parfaite mais c’est impossible et sûrement insupportable pour les autres…

    Et comment garder des responsabilités pro quand on veut lever le pied après des années un peu folles ? Pas simple tout ça. Mais les petits bonheurs valent bien quelques nœuds au cerveau :-)

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